Semaine 19


La fin de la période transitoire MiCA concerne directement les conseillers en gestion de patrimoine dès lors que leurs clients détiennent déjà des crypto-actifs, utilisent des plateformes d’échange, conservent des actifs numériques auprès de prestataires tiers ou souhaitent accéder à une exposition crypto dans un cadre patrimonial plus structuré.

Le point central n’est pas ici la question du conseil en crypto-actifs. Il est volontairement écarté. L’enjeu porte sur les prestataires de services.

MiCA marque le passage d’un marché encore largement organisé autour de régimes nationaux à un cadre européen unifié. En France, les PSAN bénéficiant du régime transitoire ont jusqu’au 1er juillet 2026 pour obtenir une autorisation MiCA afin de continuer à fournir leurs services sur crypto-actifs. L’AMF rappelle que cette période transitoire prendra fin à cette date, avec une conséquence claire : les acteurs non autorisés devront cesser les activités concernées.

Pour les CGP, cette échéance crée trois séries d’enjeux : comprendre la bascule réglementaire, identifier les prestataires réellement utilisables après MiCA, puis élargir la réflexion au-delà de la seule plateforme crypto.


Le passage d’un marché toléré à un marché autorisé


Une bascule structurante pour les prestataires

Jusqu’à présent, le marché français des crypto-actifs s’est construit autour du régime PSAN. Ce régime a permis d’encadrer une partie des acteurs, notamment en matière d’enregistrement, de lutte contre le blanchiment et de financement du terrorisme, et de contrôle minimal de certains services. Il a eu une utilité évidente : donner un premier cadre à un secteur qui, autrement, serait resté beaucoup plus opaque.

MiCA change la nature du cadre. On ne se situe plus seulement dans une logique française d’enregistrement ou d’agrément optionnel. On bascule dans une logique européenne d’autorisation des prestataires de services sur crypto-actifs, les PSCA. L’objectif est d’harmoniser les règles applicables dans l’Union européenne, de clarifier les exigences pesant sur les acteurs et de mieux protéger les clients lorsqu’ils utilisent des services relevant du règlement.

Cette bascule est structurante pour une raison simple : tous les acteurs qui opéraient sous régime national ne deviendront pas automatiquement des acteurs autorisés sous MiCA. La continuité n’est pas acquise. Elle dépendra de la capacité du prestataire à obtenir l’autorisation requise, à démontrer la solidité de son organisation, à présenter un dispositif de conformité robuste et à répondre aux exigences européennes.

Dans un environnement patrimonial, la sélection d’un prestataire ne peut plus reposer sur la seule notoriété commerciale. Elle doit intégrer le statut réglementaire, le périmètre exact des services autorisés et la localisation juridique de l’entité avec laquelle le client contracte.


Une sélection naturelle des acteurs

La fin de la période transitoire va produire une sélection. Certains prestataires obtiendront leur autorisation MiCA. D’autres seront refusés, retireront leur demande ou ne disposeront pas à temps du statut nécessaire pour poursuivre leur activité. Le sujet n’est donc pas abstrait. Il peut avoir des conséquences concrètes pour vos clients : restriction de service, nécessité de transfert, clôture de compte, impossibilité d’effectuer certaines opérations ou perte de lisibilité sur les modalités de conservation.

Pour le CGP, il s’agit d’anticiper les effets pour ses clients déjà exposés. Beaucoup d'entre eux ont ouvert des comptes crypto seuls, parfois il y a plusieurs années, sur des plateformes choisies pour leur simplicité, leurs frais ou leur réputation. Ils n’ont pas nécessairement vérifié l’entité contractante, le pays d’implantation, le statut exact du prestataire, ni les conditions de transfert de leurs actifs.

La fin de la période transitoire rend cette négligence plus risquée. Si un prestataire ne peut plus fournir ses services après le 1er juillet 2026, le client devra vendre, transférer, conserver autrement, migrer vers une autre entité, ou déplacer ses actifs vers un portefeuille auto-hébergé. L’ESMA indique précisément que tous les prestataires actuels ne seront pas autorisés après cette date et invite les investisseurs à vérifier que leur fournisseur figure bien sur la liste des PSCA autorisés.

La fin de la période transitoire MiCA impose aux CGP une revue des prestataires utilisés par les clients. Ce n’est pas une option pour les cabinets qui veulent intégrer sérieusement les crypto-actifs dans leur accompagnement patrimonial.


Le choix du prestataire devient un enjeu opérationnel


Cartographier les plateformes et services utilisés par les clients

La première réponse opérationnelle consiste à établir une cartographie. Avant de parler d’allocation, de rendement ou de conviction de marché, il faut savoir où sont les actifs, chez qui ils sont conservés et dans quel cadre juridique.

Cette cartographie doit identifier les plateformes d’échange, les prestataires de conservation, les comptes ouverts auprès d’acteurs étrangers, les stablecoins détenus, les solutions de staking, les wallets hébergés, les éventuels produits structurés liés aux crypto-actifs, les expositions indirectes par actions cotées ou produits financiers, ainsi que les justificatifs disponibles.

Le CGP doit aussi distinguer les situations. Un client qui détient quelques centaines d’euros sur une application mobile n’a pas les mêmes enjeux qu’un client dont une partie importante du patrimoine est conservée chez un prestataire étranger. De la même façon, une exposition via un produit financier coté ne soulève pas les mêmes problématiques qu’une détention directe de crypto-actifs sur une plateforme.

Pour un CGP, l'entrée en application de MiCA doit être l'occasion d’identifier les clients exposés à des risques qu’ils ne savent pas toujours qualifier : risque de prestataire, risque de conservation, risque de transfert, risque documentaire, risque fiscal et risque de perte d’accès.


S'assurer de la continuité de services pour ses clients

L’ESMA a insisté sur la nécessité pour les prestataires non autorisés de préparer une cessation ordonnée de leurs activités. Les clients doivent notamment pouvoir transférer leurs crypto-actifs vers un prestataire autorisé ou vers un portefeuille auto-hébergé. Cette exigence montre bien que le cœur du sujet n’est pas seulement l’autorisation. C’est aussi la capacité à organiser une sortie propre.

Pour les CGP, ce point est majeur. La capacité de sortie doit devenir un critère de sélection à part entière. Un prestataire qui ne permet pas un transfert fluide, qui fournit une documentation insuffisante ou qui enferme le client dans une architecture peu lisible pose un problème patrimonial.

Il faut donc examiner les procédures de transfert sortant, les délais, les frais, les conditions de retrait, les limites applicables, la qualité du support client, la disponibilité des historiques d’opérations et la clarté des relevés.

La fiscalité rend ce travail encore plus nécessaire. Les crypto-actifs génèrent des obligations déclaratives spécifiques. Sans historique complet, sans prix d’acquisition, sans relevés exploitables, le client peut se retrouver incapable de justifier correctement ses opérations.

Dans une logique patrimoniale, un bon prestataire n’est pas seulement celui qui permet d’acheter du Bitcoin ou de l’Ether. C’est celui qui permet de documenter, suivre, transférer, arbitrer et justifier les positions dans le temps.

La fin de la période transitoire MiCA doit donc conduire les cabinets à mettre en place une procédure interne : identification des prestataires utilisés, vérification du statut, collecte des documents, analyse de la transférabilité, classification du risque et, si nécessaire, recommandation d’une mise en ordre opérationnelle.


Une opportunité de structuration pour les CGP


Explorer les autres formes d’exposition possibles aux crypto-actifs

La fin de la période transitoire peut être pour les CGP l'occasion d'élargir la réflexion sur les formes d’exposition possibles aux crypto-actifs.

La détention directe via un prestataire PSCA n’est qu’une modalité parmi d’autres. Elle peut être pertinente pour certains profils, mais elle n’est pas nécessairement adaptée à tous les clients. Elle suppose une bonne compréhension des risques technologiques, des mécanismes de conservation, des modalités de transfert, de la fiscalité applicable et de la volatilité propre aux crypto-actifs.

D’autres formes d’exposition peuvent être envisagées selon les cas : produits cotés, titres de sociétés exposées à l’écosystème crypto, fonds, véhicules dédiés, produits structurés, supports intégrés dans des enveloppes patrimoniales lorsque le cadre applicable le permet, ou encore expositions indirectes via des acteurs économiques dont le modèle dépend partiellement de l’infrastructure crypto.

Cette diversification des canaux est importante pour une raison : tous les clients n’ont pas besoin de détention directe. Certains cherchent une exposition économique à Bitcoin ou à l’écosystème crypto. D’autres veulent détenir les actifs eux-mêmes. D’autres encore privilégient la simplicité administrative, la présence d’un IFU lorsque c’est possible, la compatibilité avec une enveloppe existante ou la délégation de la conservation à un acteur régulé.

Ces différentes voies ne produisent pas les mêmes risques. Elles n’ont pas les mêmes contraintes de documentation, de conservation, de fiscalité, de liquidité, de transparence et de protection du client. C’est précisément là que la réflexion patrimoniale retrouve sa valeur.


Faire de MiCA un argument de sécurisation patrimoniale

MiCA ne rend pas les crypto-actifs sans risque. Le règlement ne supprime ni la volatilité, ni le risque de marché, ni le risque technologique, ni les erreurs de manipulation, ni les pertes économiques possibles. En revanche, il introduit un critère de tri plus clair entre les acteurs qui acceptent de se soumettre à un cadre européen et ceux qui restent en dehors de ce cadre.

Pour les CGP, c’est une opportunité. Jusqu’ici, la crypto a souvent été abordée de manière binaire : pour ou contre, conviction ou rejet, spéculation ou innovation. Cette approche est insuffisante. Le bon angle est désormais celui de l’organisation patrimoniale.

Un client déjà exposé aux crypto-actifs n’a pas seulement besoin qu’on lui dise si Bitcoin va monter ou baisser. Il a besoin de savoir si ses actifs sont correctement conservés, s’il peut les transférer, s’il dispose des justificatifs nécessaires, si ses héritiers sauront les retrouver, si son exposition est cohérente avec le reste de son patrimoine, et si le prestataire utilisé sera toujours opérable après MiCA.

La sécurisation patrimoniale passe donc par plusieurs axes : choix du canal d’exposition, sélection du prestataire, vérification du statut réglementaire, contrôle de la documentation, organisation des accès, anticipation fiscale, intégration dans la vision globale du patrimoine et préparation des scénarios de sortie.

C’est aussi un argument commercial légitime pour les CGP. Les banques, les plateformes et les fintechs vont utiliser MiCA pour rassurer les clients. Les CGP ne peuvent pas rester spectateurs. Ils doivent être capables d’expliquer que la réglementation ne suffit pas, mais qu’elle permet de mieux structurer le sujet.

Le discours doit être clair : MiCA ne transforme pas un actif risqué en actif prudent. En revanche, MiCA oblige à mieux choisir les intermédiaires, à vérifier les prestataires et à documenter les expositions. C’est exactement le terrain naturel du conseil patrimonial : organiser, hiérarchiser, sécuriser et rendre les choix compréhensibles.

La fin de la période transitoire peut donc devenir un point d’entrée utile dans la relation client. Elle permet d’ouvrir une discussion concrète : avez-vous des crypto-actifs ? Où sont-ils détenus ? Chez quel prestataire ? Avez-vous vérifié son statut ? Pouvez-vous transférer vos actifs ? Disposez-vous d’un historique fiscal ? Votre exposition est-elle cohérente avec votre patrimoine global ? Existe-t-il une forme d’exposition plus simple, plus documentable ou plus adaptée ?

Cette approche est plus sérieuse que le débat abstrait sur la crypto. Elle parle de risques concrets. Elle parle de conservation, de preuve, de continuité, de fiscalité et de transmission.


CONCLUSION

À partir du 1er juillet 2026, une frontière plus nette va s’installer entre les prestataires autorisés et ceux qui ne pourront plus fournir leurs services dans l’Union européenne. Cette frontière aura des conséquences pratiques pour les clients. Les cabinets qui l’auront anticipée disposeront d’un avantage évident : ils pourront apporter de la clarté là où beaucoup de clients verront seulement une contrainte réglementaire supplémentaire. C’est sur ce terrain que les CGP ont une vraie carte à jouer. Pas dans l’improvisation. Dans la structuration.