Binance acculée dans l'UE

De quoi s'agit-il ?

Binance, première plateforme crypto mondiale en volume, est dos au mur dans l'Union européenne. L'autorité grecque HCMC a refusé de lui accorder l'agrément MiCA, à quelques jours de la date butoir du 1er juillet. Selon The Big Whale, la France reste la seule option crédible : Binance mène des discussions informelles avec l'AMF, sans avoir déposé de dossier formel à ce stade. Le dossier grec était pourtant techniquement complet et avait franchi l'examen de 40 jours de l'ESMA, avant d'être bloqué début juin sous pression politique de la BCE. Binance a indiqué à ses utilisateurs européens qu'elle communiquerait davantage d'informations d'ici le 30 juin.


Pourquoi c'est important ?

Le dossier grec aurait été retoqué entre le 7 et le 15 juin, après que Christine Lagarde a fait savoir au Premier ministre Mitsotakis que Binance n'était pas la bienvenue en Europe. Selon des sources de TBW, la BCE redoute que le rôle de la plateforme comme principal canal de liquidité en stablecoin euro ne fragilise le projet d'euro numérique. À Paris, le Trésor et TracFin poussent dans le sens inverse : mieux vaut avoir Binance sous supervision française que dans l'angle mort, raisonnent-ils, en privilégiant la visibilité sur les flux sous l'angle LCB-FT.


Les enjeux

Une source proche du dossier confie à The Big Whale : "C'est paradoxal, parce que Binance est un exchange, un canal de distribution. Il pourrait très bien soutenir le projet d'euro numérique." Le parallèle avec Revolut, récemment empêchée de lancer de nouveaux produits dans l'UE en raison de préoccupations de la BCE sur ses contrôles internes, est frappant. "C'est très similaire. La préoccupation porte sur la taille des nouveaux entrants. Christine Lagarde préférerait que les banques traditionnelles gèrent les flux."


Coinbase veut tokeniser Wall Street

De quoi s'agit-il ?

Coinbase a annoncé le 16 juin le lancement prochain d'actions américaines tokenisées, adossées à raison d'une action pour un jeton, avec distribution automatique des dividendes onchain. Le CEO Brian Armstrong présente le produit comme une propriété directe, ni dérivé, ni IOU. Le panel initial comprend Nvidia, Alphabet, Strategy, SpaceX et Bitmine. Le règlement s'effectuera sur Base, la blockchain de Coinbase, via sa plateforme Tokenize. Le déploiement débutera dans les juridictions éligibles hors États-Unis ; aucune date ferme n'a été communiquée.


Pourquoi c’est important ?

Le produit cible un créneau que les concurrents peinent à occuper : passer d'actions tokenisées synthétiques à des instruments conférant de véritables droits économiques d'actionnaire. xStocks de Kraken a déjà enregistré environ 20 milliards de dollars de volume cumulé, et les régulateurs américains consultent encore sur la supervision domestique du trading d'actions tokenisées. Un lancement d'abord international permet à Coinbase de bâtir distribution et historique opérationnel pendant que Washington clarifie son cadre.


Les enjeux

Les actions tokenisées s'imposent comme le prochain test grandeur nature de la capacité du règlement onchain à s'étendre aux marchés de capitaux régulés. Le modèle proposé par Coinbase (garde effective des titres, distribution des dividendes par smart contract, trading 24/7) attaque frontalement l'infrastructure existante des marchés actions sur les coûts, la vitesse de règlement et l'accessibilité mondiale.


La Banque d'Angleterre lâche du lest surles stablecoins sterling

De quoi s'agit-il ?

La Banque d'Angleterre a publié le 22 juin son cadre final et ses projets de règles pour les stablecoins sterling systémiques. Revirement notable : elle abandonne les limites individuelles de détention (20 000 livres pour les particuliers, 10 millions pour les entreprises) au profit d'un plafond temporaire d'émission agrégée de 40 milliards de livres (52,8 milliards de dollars) par stablecoin systémique. Les émetteurs peuvent désormais placer jusqu'à 70 % de leurs réserves en dette publique britannique court terme (contre 60 % auparavant), le solde restant en dépôts non rémunérés à la BoE. Consultation ouverte jusqu'en septembre.


Pourquoi c'est important ?

Le revirement répond aux objections des fintechs et entreprises crypto, qui jugeaient les plafonds retail rédhibitoires pour la viabilité commerciale des stablecoins sterling. La nouvelle composition des réserves améliore l'économie des émetteurs et rapproche le régime des cadres plus permissifs aux États-Unis (GENIUS Act) et dans l'UE (MiCA). La BoE maintient en revanche le rachat au pair sous 24 heures et exclut les réserves placées en dépôts bancaires commerciaux ou fonds monétaires, invoquant le risque de contagion. Aucun lancement effectif n'est attendu avant 2027.


Les enjeux

La décision traduit la prise de conscience par la BoE que des règles trop restrictives risquaient de céder l'innovation paiement en sterling à des alternatives adossées au dollar, qui représentent aujourd'hui environ 99 % de l'émission mondiale de stablecoins. Le Royaume-Uni dispose désormais d'un régime opérationnel, mais sensiblement plus strict que ses pairs, avec notamment une interdiction de self-custody pour les stablecoins sterling systémiques. Le véritable test : un émetteur sera-t-il prêt à opérer sous ces contraintes, quand l'économie dollar reste autrement plus attractive ?


Le Parlement européen ouvre la voie à l'euro numérique

De quoi s'agit-il ?

La commission ECON du Parlement européen a adopté le 23 juin sa position sur l'euro numérique, à 43 voix contre 14. Le texte prévoit une monnaie émise par la BCE, en ligne et hors ligne, avec confidentialité by design. Tous les PSP, y compris les acteurs crypto réglementés, pourraient la distribuer. Plafond par individu, 24 heures de détention max pour les entreprises, pas d'intérêts. Vote en plénière début juillet, puis trilogue avec le Conseil. Lancement au plus tôt en 2029.


Pourquoi c'est important ?

La facture interroge. La BCE chiffre l'investissement public à 1,3 milliard d'euros jusqu'au lancement, puis 320 millions par an. PwC évalue à 110 millions par banque, soit 18 à 30 milliards en cumulé sectoriel. Le vrai risque documenté reste la fuite des dépôts : Copenhagen Economics chiffre la décollecte maximale à 739 milliards d'euros pour un plafond à 3 000 euros, soit 10 % des dépôts des ménages.


Les enjeux

Le paradoxe, c'est l'effet d'éviction. Wero (EPI, 16 banques, 47 millions d'utilisateurs) construit déjà le rail de paiement paneuropéen souverain promis par l'euro numérique. Mais ce dernier bénéficiera du cours légal — acceptation obligatoire — là où Wero doit convaincre les commerçants un par un. Les banques financeront deux infrastructures pour des cas d'usage largement redondants. Comme le résume une source administrative française : "Le risque, c'est qu'un euro numérique subventionné vienne détruire des infrastructures qui marchent, sans vraie plus-value."


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Ceci est un extrait du briefing hebdomadaire de The Big Whale, le premier media indépendant traitant des cryptoactifs dans une perspective financière.

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