Semaine 13


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Le rallye de 22 % affiché par le jeton HYPE pendant la crise iranienne mérite une lecture attentive, tant les signaux envoyés par les fondamentaux sont contrastés.

La crise iranienne s'est imposée comme un test de résistance inattendu pour les infrastructures de trading décentralisées, et les conclusions de cet épisode méritent toute l'attention des allocateurs d'actifs.

Alors que les places boursières traditionnelles respectaient leurs horaires d'ouverture habituels, les plateformes DeFi ont fonctionné sans interruption, absorbant une vague d'activité qui n'avait pourtant que peu de rapport avec l'écosystème crypto lui-même. L'essentiel des flux s'est en effet concentré sur les contrats perpétuels de matières premières, notamment le pétrole brut et l'or, acheminés via les rails des bourses décentralisées.

Dans ce contexte, Hyperliquid a capté la part du lion. Cette dynamique soulève une question fondamentale sur l'évolution du rôle des plateformes on-chain dans la structure des marchés mondiaux.


Une performance contre-intuitive

Le comportement de l'actif durant cette phase de baisse généralisée a de quoi surprendre. Le contexte macroéconomique suivait pourtant le manuel classique du "risk-off" : le S&P 500 a cédé environ 5,1 % et même l'or, valeur refuge par excellence, a chuté de près de 17 % dès le début des hostilités.

Dans ce paysage, le rallye de 22 % affiché par le jeton HYPE détonne. Cette performance, l'une des plus solides parmi les actifs numériques sur la période, vient bousculer un dogme bien ancré selon lequel tous les jetons seraient structurellement corrélés à l'appétit pour le risque.

Cette progression du cours a coïncidé avec une hausse mesurable de l'utilisation de la plateforme. Le nombre d'utilisateurs actifs mensuels a progressé de 6,9 % environ, tandis que le marché perpétuel du pétrole brut a enregistré des volumes quotidiens de 1,89 milliard et 1,24 milliard de dollars lors de deux sessions distinctes.

Parmi les indicateurs fondamentaux on-chain de Hyperliquid, la croissance du nombre d'utilisateurs est la seule métrique orientée à la hausse, et elle semble être celle qui est la plus directement liée à l'appréciation du jeton.


Des signaux contrastés dans les fondamentaux

Si l'on regarde sous la surface, les signaux envoyés par les fondamentaux sont plus nuancés. Un examen approfondi des données d'exploitation révèle que les revenus de Hyperliquid en mars ont décliné d'environ 24 % d'un mois sur l'autre, une trajectoire suivie de près par l'intérêt ouvert et les volumes globaux.

Certes, le protocole génère encore suffisamment d'activité pour financer des rachats réguliers qui soutiennent mécaniquement le prix du jeton. Mais en dehors de la croissance des utilisateurs, largement portée par la frénésie du trading de matières premières, le tableau fondamental n'est pas uniformément haussier.

La volatilité constitue par ailleurs une ombre au tableau qu'il ne faut pas négliger. Le rallye du HYPE a eu un coût élevé en termes de risque.


La volatilité : la clause en petits caractères

Depuis le début de la guerre le 28 février, le jeton a affiché la volatilité quotidienne la plus forte parmi les actifs comparés, avec un écart type de 4,55 %, dépassant ainsi le Bitcoin, l'Ether, le S&P 500 et l'or.

Un tel niveau de dispersion est difficilement compatible avec une qualification d'actif de protection ou "risk-off". La directionnalité est bien présente, mais cette forte volatilité suggère que le mouvement a été davantage dicté par un catalyseur spécifique, à savoir l'accès 24h/24 et 7j/7 à l'exposition aux matières premières pendant un choc géopolitique, plutôt que par une réévaluation structurelle du HYPE comme actif défensif.


L’avis de The Big Whale

Le HYPE est-il un instrument de couverture ? Pour le dire clairement : non, pas sur le plan structurel. Les données indiquent une réalité inverse. Le jeton reste plus volatil que le Bitcoin, l'Ether ou les indices traditionnels, que ce soit en période de crise ou de calme relatif. Lors de la correction de février, il a d'ailleurs chuté d'environ 26 %, suivant le reste du marché crypto sans réelle distinction.

Ce qui s'est produit pendant la crise iranienne doit plutôt être interprété comme une convergence de facteurs circonstanciels. La disponibilité permanente de l'infrastructure alors que les marchés traditionnels étaient fermés, un produit attractif pour la spéculation sur les matières premières, des mécaniques de rachat constantes et un épuisement des vendeurs ont amplifié le mouvement haussier.

Aucun de ces éléments ne signale un changement permanent du profil de risque de l'actif.

Plus largement, l'ensemble du marché des actifs numériques a rebondi après ses points bas de février, ce qui témoigne d'une résilience macroéconomique de la classe d'actifs plutôt que d'une reclassification d'un jeton en particulier. Pour les investisseurs qui étudient le cas Hyperliquid, la leçon n'est pas que la crypto est devenue une protection contre les risques, mais que l'infrastructure décentralisée capte de plus en plus de flux qui appartenaient autrefois exclusivement aux circuits traditionnels.

Le maintien de cette tendance dépendra de la rétention des utilisateurs après la crise, de l'éventuelle transition des places boursières classiques vers le trading en continu et de l'exécution par Hyperliquid de sa feuille de route concernant les actifs du monde réel (RWA) et la proposition HIP-3.

Le narratif de l'infrastructure est passionnant à suivre ; celui de la valeur refuge est, pour l'instant, prématuré.



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