Semaine 15
Chaque semaine, nous vous proposons en version intégrale un article THE BIG WHALE, premier media crypto indépendant en France.
Patrick Starkman, président d'HEURO, expose les ambitions de la société qui vient de doubler l'offre totale de pièces stables libellées en euros.
Vous annoncez avoir franchi les 600 millions d'euros de stablecoins en circulation. Concrètement, que représente ce chiffre par rapport au marché existant ?
Selon les estimations, il y avait entre 400 et 700 millions d'euros de stablecoins euro en circulation avant notre émission. Avec nos 600 millions supplémentaires, on double à peu près le volume existant. HEURO devient aujourd'hui le premier émetteur mondial de stablecoins libellés en euro.
Comment êtes-vous arrivés à un tel volume ? Qui sont les contreparties derrière ces 600 millions ?
L'essentiel provient de nos partenaires sur les marchés crypto. Les exchanges utilisent notre stablecoin pour le règlement des transactions. Au lieu de repasser par la monnaie fiat classique à chaque opération, leurs clients peuvent acheter, vendre et conserver leurs positions directement en HEURO. Ça évite les allers-retours avec le système bancaire traditionnel et ça accélère considérablement les cycles de règlement.
Quels sont vos principaux partenaires parmi les exchanges ?
Notre top 3, c'est KuCoin, Binance et Bybit. Ce sont des plateformes autorisées à exercer en Europe, évidemment.
Combien de détenteurs comptez-vous à ce jour ?
On dépasse les 100 000 détenteurs de HEURO. C'est un fonctionnement assez classique : au lieu de récupérer leurs fonds en monnaie fiat sur un compte bancaire, les utilisateurs les récupèrent directement en stablecoins dans leur wallet. Ça leur permet de rester dans l'écosystème, de sortir du risque sans repasser par le circuit bancaire.
Au-delà du marché crypto, quels cas d'usage concrets visez-vous ?
Il y en a plusieurs qui sont très tangibles. D'abord la gestion de trésorerie : aujourd'hui, faire circuler de l'euro au sein d'un groupe d'entreprises (du cash pooling entre filiales) ça prend deux à trois jours, avec des coûts significatifs. Avec le stablecoin, c'est l'affaire de quelques secondes. Ensuite, le cross-border : les transferts de fonds hors Europe sont lents, chers, et grevés par les coûts de change. Là, on parle d'exécution quasi instantanée, avec des coûts divisés par dix.
Comment fonctionne concrètement le change via stablecoin ?
Ce n'est pas nous qui faisons le change directement. En revanche, les prestataires spécialisés dans le FX peuvent utiliser la paire stablecoin euro / stablecoin dollar pour exécuter des opérations de change sans passer par les circuits bancaires traditionnels. On passe de plusieurs dizaines de points de base à quelques points de base seulement. C'est un gain très concret pour les entreprises qui opèrent à l'international.
Vous pensez que les entreprises vont réellement basculer sur le stablecoin pour leurs opérations courantes ?
D'un point de vue strictement rationnel, oui. On parle de transactions dix fois moins chères, dix fois plus rapides, avec la transparence de la blockchain en prime. Les volumes aux États-Unis montrent que c'est déjà une réalité : plusieurs dizaines de milliards de dollars de stablecoins circulent quotidiennement pour des usages corporate. Il n'y a pas de raison que l'Europe n'emprunte pas le même chemin.
Et le retail ?
Le retail viendra probablement dans un second temps. Les usages retail sont aujourd'hui assez bien codifiés, l'offre existante fonctionne. La vraie rupture, à court terme, elle est du côté du wholesale : trésorerie d'entreprise, règlement de marchés réglementés, change. C'est là que le gain est le plus immédiat et le plus mesurable.
Vous étiez ce matin même au groupe de place réunissant l'AMF, l'ACPR et le ministère des Finances. De quoi avez-vous discuté ?
L'enjeu principal, c'est de faire grimper l'utilisation du stablecoin euro en Europe pour éviter que la vague de stablecoins dollar américains ne devienne le standard de facto. Aujourd'hui, l'écrasante majorité des stablecoins en circulation sont libellés en dollar. Si l'Europe ne développe pas ses propres solutions à grande échelle, les flux financiers numériques se structureront entièrement autour du billet vert. On est en train de construire les cas d'usage pour que ça n'arrive pas.
Vos réserves sont adossées à de la dette souveraine européenne. C'est un choix réglementaire ou stratégique ?
Les deux. MiCA impose que les réserves soient constituées d'actifs liquides, sûrs et de haute qualité. Nous avons fait le choix d'une allocation structurée vers la dette souveraine européenne, et en particulier française, compte tenu de sa profondeur et de sa liquidité. Chaque euro émis sous forme de HEURO contribue, in fine, au financement des États européens. Plus les volumes augmentent, plus la base d'investisseurs en dette publique se renforce. C'est un cercle vertueux.
C'est aussi une manière de vous différencier des émetteurs américains ?
Clairement. Les stablecoins dollar adossent leurs réserves à des Treasuries américaines. Nous, on finance la dette européenne. À mesure que les volumes grandissent, ça crée une demande stable et prévisible pour les obligations souveraines européennes. C'est un argument qui parle aux régulateurs, mais aussi aux institutions financières.
Vous vous positionnez uniquement comme émetteur, pas comme prestataire de services sur actifs numériques ?
Exactement. On n'est pas PSAN, en tout cas, pas encore. On est émetteur de monnaie électronique, régulé par l'ACPR. Ce que je décris, ce sont les usages que nos stablecoins rendent possibles pour les entreprises et les prestataires qui les utilisent.
Pouvez-vous retracer rapidement l'histoire de HEURO ?
L'entreprise a été créée en 2017 en France, sous le nom Harmoniie. On a obtenu l'agrément de l'ACPR en tant qu'établissement de monnaie électronique et de paiement en décembre 2021. Historiquement, on avait deux activités : une activité Web 2 classique (ouverture de comptes, cartes pour les entreprises, etc.) et une activité Web 3 centrée sur le on-ramp/off-ramp avec les exchanges crypto. Le stablecoin est la convergence naturelle de ces deux métiers.
Pourquoi avoir changé de nom ?
On a fait comme beaucoup d'acteurs aux États-Unis : on a adopté le nom de notre produit phare. Tout le groupe s'appelle désormais HEURO.
Quelle est votre structure capitalistique ?
On est détenu par une holding basée à Dublin. Pour les actionnaires, je peux notamment citer Sequoia.
Votre objectif de volume pour la fin d'année ?
On vise le milliard d'euros en circulation, et on pense pouvoir le dépasser. La demande est croissante, des partenaires frappent déjà à notre porte pour discuter des volumes qu'on pourrait leur fournir. L'émission de 600 millions, ce n'est pas un plafond, c'est un point de départ. La machine est lancée.
The Big Whale est le premier media indépendant traitant des cryptoactifs dans une perspective financière.
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