Semaine 20
Depuis l’entrée en vigueur de MiCA, beaucoup de CGP ont choisi la prudence maximale : ne plus aborder le sujet crypto et ne pas l’intégrer dans l’allocation patrimoniale. Sur le papier, cette position peut sembler raisonnable. En pratique, elle est dangereuse car les clients, eux, sont déjà exposés : directement via des plateformes, indirectement via des titres cotés, des ETP, des fonds spécialisés ou des entreprises dont le modèle économique dépend en partie de cet écosystème. Refuser d’en parler c'est déplacer le sujet hors du cadre du conseil, là où le CGP doit prendre précisément toute sa place.
MiCA ne doit pas être interprété comme une interdiction générale faite au CGP de traiter le sujet. Il impose surtout une distinction claire entre ce qui relève d’un service sur cryptoactifs, réservé à un prestataire autorisé, et ce qui relève de l’analyse patrimoniale classique. Le CGP doit déjà remettre la crypto à sa juste place dans le bilan du client : vérifier le poids réel de l’exposition, apprécier sa cohérence avec la stratégie globale, s’assurer que le client comprend les risques de perte, de volatilité et de liquidité, et surtout rappeler les obligations fiscales et déclaratives. Il ne s’agit pas de contourner le cadre réglementaire mais d’éviter qu’une classe d’actifs déjà présente dans le patrimoine du client soit traitée comme si elle n’existait pas.
Le CGP peut également travailler sur les formes d’exposition indirecte, qui entrent dans des cadres plus familiers : actions d’entreprises exposées aux cryptoactifs, ETP logés dans un compte-titres, fonds dédiés, voire stratégies intégrant une exposition à la DeFi lorsqu’elles sont portées par des véhicules adaptés. C’est probablement là que se situe aujourd’hui l’espace le plus naturel pour le conseil patrimonial : analyser le véhicule, le sous-jacent économique, la liquidité, la fiscalité, les frais, le risque de contrepartie et l’adéquation au profil client. MiCA ne fait donc pas sortir la crypto du radar patrimonial du CGP mais l’oblige à distinguer ce qu’il doit traiter, ce sur quoi il peut toujours conseiller et ce qu’il doit renvoyer vers un prestataire autorisé. Car si le CGP ne prend pas cette place, son client pourra être tenté de chercher un conseiller qui, lui, le fera.

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