Semaine 42


Pendant longtemps, Bitcoin a été présenté comme un actif indépendant des marchés financiers traditionnels. Puis, à partir de 2020, son comportement s'est rapproché de celui des actions américaines, notamment des valeurs technologiques. Depuis plusieurs mois, une nouvelle évolution apparaît : Bitcoin connaît des épisodes de décorrélation relative avec les actions, tandis que ses mouvements semblent davantage converger avec ceux de l'or.

Pour comprendre cette évolution et ses implications patrimoniales, il faut dépasser les observations de quelques semaines et examiner les différentes phases de son histoire.


De l'indépendance initiale à la corrélation avec les actions

2014-2019 : un actif largement indépendant

Pendant ses premières années, Bitcoin évolue dans un écosystème encore relativement isolé des marchés financiers traditionnels. Ses variations dépendent principalement de facteurs spécifiques : adoption, cycles spéculatifs, évolutions réglementaires et développement de son infrastructure.

Une étude publiée par CME Group en 2025 montre que, sur la période 2014-2016, la corrélation quotidienne de Bitcoin avec le S&P 500 était de -0,01, et de 0,00 avec le Nasdaq-100. Entre 2017 et 2019, elle demeurait pratiquement nulle, respectivement à 0,01 et 0,02.

Bitcoin constituait alors une source de diversification statistiquement intéressante, même si sa forte volatilité limitait son intérêt dans une allocation patrimoniale traditionnelle.


2020-2025 : Bitcoin devient un actif sensible au risque

La crise sanitaire de 2020 marque une rupture. L'injection massive de liquidités, puis le resserrement monétaire engagé en 2022, rapprochent le comportement de Bitcoin de celui des marchés actions.

Entre 2020 et 2022, sa corrélation avec le S&P 500 atteint 0,40, contre 0,42 avec le Nasdaq-100. Entre janvier 2023 et avril 2025, elle demeure positive, autour de 0,30 pour les deux indices.

Cette évolution accompagne l'institutionnalisation progressive du marché : arrivée des investisseurs professionnels, développement des produits dérivés et lancement des ETF Bitcoin au comptant américains en janvier 2024.

Bitcoin devient davantage sensible aux facteurs macroéconomiques communs aux autres actifs risqués : politique monétaire, liquidité mondiale et appétit pour le risque.

Mais cette convergence présente une caractéristique essentielle : la corrélation tend à augmenter précisément lorsque les marchés traversent des périodes de tensions.


Depuis 2025, une dynamique plus complexe

Une décorrélation relative avec les actions

L'année 2025 avait confirmé la sensibilité de Bitcoin aux marchés américains, particulièrement lors des épisodes d'aversion au risque. Mais 2026 fait apparaître une dynamique moins uniforme. Bitcoin connaît des phases pendant lesquelles sa trajectoire diverge sensiblement de celle du S&P 500 ou du Nasdaq.

Il serait toutefois prématuré de conclure à une rupture structurelle. Au 8 octobre 2026, une estimation sur 90 séances situait encore la corrélation Bitcoin/Nasdaq à +0,42. Le constat est donc plus nuancé : Bitcoin n'est plus systématiquement entraîné par les actions à court terme, mais il reste exposé aux mêmes chocs macroéconomiques.

Cette évolution pourrait notamment traduire le poids croissant de moteurs spécifiques : flux institutionnels, offre disponible, adoption et anticipation de son rôle monétaire.


Le rapprochement avec l'or : un changement de perception ?

L'autre évolution notable concerne les relations entre Bitcoin et l'or. Historiquement, les deux actifs présentaient des comportements souvent distincts. L'or bénéficiait d'un statut de valeur refuge éprouvée, tandis que Bitcoin réagissait principalement comme un actif spéculatif.

Depuis 2026, plusieurs observations suggèrent un rapprochement. Leur corrélation sur 90 séances à +0,51, un niveau supérieur à celui constaté entre Bitcoin et le Nasdaq.

Cette convergence pourrait refléter des préoccupations communes : progression de l'endettement public, perte de confiance dans certaines monnaies et recherche d'actifs dont l'offre ne dépend pas directement des politiques monétaires.

Mais il existe une différence majeure. L'or dispose d'un historique de protection patrimoniale que Bitcoin n'a pas encore démontré, particulièrement en situation de crise financière aiguë.

Quant aux obligations, Bitcoin conserve une relation historiquement plus faible, mais variable selon les régimes de taux. Le dollar joue également un rôle important, son renforcement tendant fréquemment à peser sur Bitcoin, sans constituer une règle systématique.


Quelles conséquences pour la construction des portefeuilles ?

La diversification ne peut pas reposer sur une corrélation moyenne

Pour un conseiller en gestion de patrimoine, la question n'est pas seulement de mesurer la corrélation de Bitcoin avec les autres actifs, mais de comprendre comment elle évolue lorsque les marchés se retournent.

L'étude de Fidelity publiée en 2024 illustre cette difficulté. Sur les trois années précédant mars 2024, Bitcoin présentait une corrélation de 0,53 avec les actions et de 0,26 avec les obligations.

Ces niveaux suggèrent un potentiel de diversification. Toutefois, Fidelity souligne qu'une allocation de seulement 5 % à Bitcoin pouvait représenter près de 18 % de la volatilité totale d'un portefeuille traditionnel 60/40 dans sa simulation historique. Une faible corrélation ne signifie donc pas nécessairement une faible contribution au risque.

La construction d'une allocation pertinente doit intégrer simultanément les corrélations, la volatilité, les pertes maximales et le comportement des actifs en période de crise.


Bitcoin, une classe d'actifs à part entière ?

L'évolution de ces quinze dernières années suggère que Bitcoin ne peut être durablement assimilé à une seule classe d'actifs traditionnelle.

Il a successivement présenté les caractéristiques d'un actif spéculatif indépendant, d'un investissement sensible aux liquidités mondiales, puis d'un actif progressivement intégré aux allocations institutionnelles.

Son comportement récent pourrait annoncer une nouvelle étape, dans laquelle ses caractéristiques monétaires et sa rareté programmée joueraient un rôle croissant dans sa valorisation. Cette hypothèse reste néanmoins à confirmer sur plusieurs cycles économiques.

Pour les CGP, Bitcoin mérite donc d'être analysé comme une exposition spécifique, complémentaire des actions, des obligations et de l'or, plutôt que comme un substitut direct à l'une de ces classes d'actifs.


La véritable évolution de Bitcoin n'est pas sa possible décorrélation des marchés financiers. Elle réside plutôt dans des corrélations changeantes au gré des régimes économiques et sur le fait que ses moteurs de valorisation deviennent potentiellement plus diversifiés.

Corrélé ou non, il est plus que jamais pertinent comme poche de diversification dans un portefeuille