Semaine 25
L’entrée en vigueur complète de MiCA marque un changement de régime pour les prestataires de services sur crypto-actifs. Pendant plusieurs années, le statut PSAN a permis aux acteurs français d’opérer dans un cadre national, principalement centré sur l’enregistrement, la lutte contre le blanchiment et le respect d’exigences organisationnelles minimales. Les prestataires doivent désormais obtenir un agrément de PSCA, ou bénéficier d’une autorisation dans un autre État membre, pour continuer à fournir leurs services dans l’Union européenne après la fin de la période transitoire (fin juin 2026).
Pour les professionnels du patrimoine, c'est loin d’être anecdotique. Une part croissante de leurs clients détient déjà des crypto-actifs, souvent en direct, parfois sur plusieurs plateformes, et pas toujours auprès d’acteurs dont le statut réglementaire est clair. L’agrément PSCA modifie profondément la grille d’analyse : conservation, gouvernance, information client, continuité d’activité, contrôle interne, conformité et supervision deviennent des critères aussi importants que les frais ou l’ergonomie de la plateforme.
Les premiers acteurs agréés dessinent la nouvelle carte du marché
La liste des acteurs agréés ou autorisés s’est nettement étoffée à l’approche de l’échéance du 30 juin 2026. Côté français, plusieurs noms structurants figurent désormais parmi les prestataires ayant franchi le cap MiCA : Coinhouse, Deskoin, Société Générale-Forge, Banque Delubac, Hexarq, Blocknodes, Circle Internet Financial Europe, Qwarks, Paytop, Rufiji Capital, Keyrock FR, Meria ou encore Paymium. À ces acteurs s’ajoutent des prestataires européens opérant en France par le jeu du passeport réglementaire, comme Coinbase Luxembourg, Kraken, Swissquote Bank Europe, B2C2 Europe, Revolut Digital Assets Europe, Bitpanda, OKX ou Crypto.com selon leur pays d’agrément.
Cette diversité est intéressante. Elle montre que le marché ne se résume plus aux seules plateformes d’échange grand public. On y trouve des courtiers crypto, des spécialistes de la conservation, des banques, des acteurs de marché, des prestataires institutionnels, des solutions de paiement, des plateformes de trading et des infrastructures dédiées aux actifs numériques. Le passage à MiCA ne produit donc pas seulement une mise en conformité administrative. Il organise progressivement une segmentation du marché entre acteurs retail, institutionnels, bancaires, infrastructures de marché et spécialistes de services crypto.
L’agrément récent de Meria illustre bien cette phase de maturation. Créé en France, l’acteur franchit une étape importante en entrant dans le cadre MiCA avec un périmètre couvrant notamment la conservation, l’échange, l’exécution d’ordres, le conseil, la gestion de portefeuille et le transfert de crypto-actifs.
L’agrément devient un critère de sélection, pas un argument commercial suffisant
Attention cependant à ne pas transformer l’agrément PSCA en label marketing. Ce serait une erreur. Faire le choix d'un prestataire agréé ce n’est pas opter pour un placement garanti, ni une validation de la qualité des crypto-actifs proposés, ni une promesse de performance. MiCA encadre le prestataire, pas la valeur future du bitcoin, de l’ether, d’un stablecoin ou d’un jeton plus spéculatif. La distinction est essentielle dans le conseil patrimonial.
Pour les CGP, l’agrément doit être lu comme un premier filtre réglementaire, pas comme un sauf conduit. Il permet d’écarter les acteurs non autorisés, mais il ne remplace pas l’analyse du risque opérationnel, de la liquidité, de la politique de conservation, du modèle économique, des frais, des conflits d’intérêts éventuels, de la solidité financière et de la qualité du parcours client. Deux prestataires agréés peuvent présenter des profils très différents : une banque spécialisée dans la conservation institutionnelle, une plateforme grand public, un courtier, ou un acteur orienté trading n’exposent pas le client aux mêmes risques d’usage.
La fin de la période transitoire va accélérer la consolidation
La date du 1er juillet 2026 constitue un vrai point de rupture. Les acteurs qui n’auront pas obtenu d’agrément PSCA, ou qui ne pourront pas opérer via un passeport européen valable, devront cesser de fournir leurs services aux clients de l’Union européenne. En pratique, cela devrait entraîner des plans de sortie, des migrations de clients, des restrictions fonctionnelles, voire des fermetures d’accès pour certains utilisateurs européens.
Le marché va donc entrer dans une phase de consolidation. Les acteurs les mieux capitalisés, les mieux organisés et les plus proches des standards financiers traditionnels devraient bénéficier d’un avantage concurrentiel. À l’inverse, les plateformes dont le modèle reposait sur une croissance rapide, une implantation juridique floue vont être contraintes de fermer boutique.
C’est particulièrement important pour les clients déjà exposés à des plateformes étrangères. Certains grands noms mondiaux disposent d’un agrément MiCA dans un État membre et peuvent donc opérer dans l’Union européenne. D’autres restent dans une situation incertaine ou en cours d’instruction (Binance, notamment). Pour les CGP, il ne faut pas attendre une notification de dernière minute pour vérifier la situation réglementaire d’une plateforme mais contrôler dès à présent la liste blanche de l’AMF, le registre européen, l’entité contractante et le pays d’agrément.
L’obtention de l’agrément PSCA par un nombre croissant d’acteurs marque une étape importante dans la structuration du marché crypto européen. Les crypto-actifs restent des actifs risqués, volatils et parfois complexes. Mais le cadre dans lequel ils sont proposés devient plus exigeant, plus homogène et plus contrôlable.
Pour les conseillers en gestion de patrimoine, l’enjeu n’est pas de se transformer en promoteurs de la crypto mais de savoir intégrer ce sujet dans une analyse patrimoniale sérieuse : niveau d'exposition, adéquation au profil investisseur, liquidité, fiscalité, conservation, conformité et risque opérationnel. MiCA ne répond pas à toutes les questions, mais il impose désormais une première discipline : distinguer les acteurs autorisés de ceux qui ne le sont pas.
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